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Covid-19 & vins et les autres plaies des vignes françaises

Covid-19 & vins et les autres plaies des vignes françaises - publication Cercle K2

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Jean-Pascal Sibiet est Fondateur du Programme Franco British Young Leaders et Président des Franco British Connections

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L’Exode relate que l’Egypte connu 10 plaies dont une des plus terribles fut d’être envahie par des grenouilles. Alors que les grenouilles ne boivent que de l’eau, les Français sont souvent affublés de ce sobriquet. Pourtant ils sont les deuxièmes consommateurs de vin au monde après les américains. La crise du Covid-19 pourrait-elle être à l’image de l’antique malédiction et voir le vin disparaitre de nos tables ?

Le secteur mondial du vin prévoyait des perspectives de croissance annuelle aux alentours de 5.8%[1] jusqu’à 2023 et confirmées en 2019 pour les exports français avec une croissance de +5.9%[2].

Toutefois, depuis un peu plus d’un an, les 2 plus gros marchés à l’exportation des vins français ont envoyé des signaux de tempête. Le Président Trump a imposé 25% de droits de douanes additionnels causant un préjudice estimé à 300 millions d’euros par an[3] et les incertitudes du Brexit pesant sur d’éventuelles hausses d’accises, un nouveau régime de TVA voire des AOC à renégocier.

Depuis le début de l’année la consommation chinoise est fortement touchée et désormais la France (plus de 60% de notre production nationale en volume[4]) connait une très forte décrue que cela soit par la fermeture des cafés et restaurants où 30 %[5] des vins sont consommés, l’absence de touristes, les salons annulés et les transports de marchandises priorisés vers l’économie de guerre.

Les incertitudes pèsent encore sur la fin des mesures sanitaires d’urgence (confinement, économie de guerre, frontières fermées et rassemblements interdits) et à plus long terme avec la reprise lente du tourisme et maintien des mesures de distanciation sociale. Ces épreuves vont nous faire évoluer dans notre rapport aux autres et aux festivités. Elles vont aussi profondément heurter la filière viticole et l’œnotourisme. Cette filière emploie 500 000 personnes en France et représente 15% de la valeur produite pour le secteur agricole.

Conséquence d’un très fort morcèlement de la production et de la distribution du vin, les plus petites structures risquent de se trouver rapidement à court de trésorerie et avec des stocks dévalorisés malgré un produit haut de gamme qui génère 11.6 Milliards d’euros à la production en France[6]

Dans un secteur où la production nécessite une compétence humaine voire scientifique et des années de travail avant obtenir une vigne qui produise un raisin de qualité nécessaire à la vinification. Le sceptre de la perte de capacité de production n’est pas à exclure. Résultat d’une crise de la demande entraînant une crise de l’offre, boire de l’eau ou importer des vins pourrait devenir le dilemme noir des Français post-Covid.

L’intervention de l’état et des banques permettront de maintenir à flot des domaines mais certains ne parviendront pas à résister à ces mois de pertes et des années de reconquêtes des niveaux pré-Covid.

C’est également un moment crucial pour la filière : atténuer collectivement les conséquences au regard de quelques pistes qui méritent d’être explorées :

  • Développer la distribution directe à distance et des petites quantités pour particulier (actuellement moins de 10%)
  • Compresser les frais de port / volumes minima requis pour les ventes en ligne (à l’instar d’Amazon) via la mutualisation.
  • Favoriser la qualité et l’expression du terroir afin d’appréhender la baisse des quantités consommées
  • Favoriser une approche digitale du vin, à ce jour il n’y a qu’une start up mondiale (le danois Vivino), en facilitant l’accès aux données de production (cépage, millésime, appellation, référence) et en favorisant des solutions et incubateurs « vititech » comme WineAlley soutenu par Crédit Agricole
  • Démontrer de la pédagogie dans son engagement sanitaire au travers d’un étiquetage transparent sur les traitements, la provenance et les cépages
  • Généraliser l’engagement environnemental et la responsabilité de la filière qu’ils soient bios ou non.

 

Jean-Pascal Sibiet

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[1]Zion Market Research, Avril 2018 https://www.zionmarketresearch.com/report/wine-market (consulté le 15/4)

[2] https://www.larvf.com/exportations-de-vins-francais-2020-est-l-annee-de-tous-les-dangers,4665007.asp (consulté le 16/4)

[3] https://www.larvf.com/taxes-trump-les-vignerons-esperent-une-compensation-au-printemps,4665268.asp (consulté le 16/4)

[4] CNIV (consulté le 16/4)

[5] Etude CNIV-Kantar https://www.intervin.fr/etudes-et-economie-de-la-filiere/chiffres-cles (consulté le 16/4)

[6] Source France Agrimer 2018 https://www.franceagrimer.fr/filieres-Vin-et-cidre/Vin/La-filiere-Vin