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En quoi la pratique des échecs peut-elle nous éclairer sur le monde des organisations (humaines, commerciales, militaires, etc.) ?

En quoi la pratique des échecs peut-elle nous éclairer sur le monde des organisations (humaines, commerciales, militaires, etc.) ? - publication Cercle K2

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Joël Gautier est avocat et auteur de l'ouvrage intitulé « Jeu d’échecs et développement personnel ». Il présente une méthode de développement personnel qui s’appuie sur la compréhension du jeu d’échecs. L’idée originale de cet ouvrage est la suivante : quels enseignements tirés de la stratégie développée par un joueur d’échecs peuvent servir au développement personnel ?

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Le jeu d’échecs est « le roi des jeux et le jeu des rois », a-t-on coutume de dire. Ce jeu ancestral peut permettre de mieux comprendre le monde des cellules et des organisations : famille, entreprise individuelle, entreprise commerciale, organisation militaire, etc.

 

1. L’apport des concepts

Le court terme et le long terme

On parle ainsi indifféremment de stratégie ou de tactique sans distinguer les éléments structurels des éléments conjoncturels. Réintroduire cette distinction permet d’avoir une meilleure vision des organisations.

La stratégie se définit comme un ensemble d’actions ou de manœuvres qui permettent d’obtenir un but précis à long terme. Aux échecs, on cherche, par exemple, à amener le cavalier sur la case précise où l’on souhaite qu’il se trouve. Plus largement, on effectue des déplacements en vue d’un but à long terme comme l’utilisation d’une colonne.

Avec la tactique, on mène des attaques ou des défenses à court terme en recherchant à produire un effet psychologique, voire de surprise. On joue sur la manière de déstabiliser l’adversaire qui, lui, cherche à prévoir les choses.

On constate rapidement la différence entre un joueur qui cherche à planifier et réfléchit sur l’avenir et celui qui recherche, avant toute chose, à jouer sur l’effet de surprise, d’instantanéité.

Cette distinction entre court terme et long terme, stratégie et tactique, structurel et conjoncturel, se retrouve également au sein de l’entreprise. Quand on planifie un plan d’action pour une entreprise, on cherche à mesurer les différents paramètres sur le long terme et à avoir des objectifs à long terme mais, en raison de la conjoncture, on peut également être amené à profiter d’opportunités.

Il ne s’agit pas d’opérer un choix entre stratégie et tactique car, on le voit, l’un n'existe pas sans l’autre, mais de garder à l’esprit dans quelle dimension se place notre action.

 

Le jeu statique et le jeu dynamique

L’autre opposition que l’on fait souvent au jeu d’échecs est la différence entre jeu statique et jeu dynamique.

Dans le jeu statique, on a des éléments durables : le rapport de pièces, qui a le plus de pièces que l’autre, qui a le roi qui est le plus exposé que l’autre, qui a une meilleure structure de pions que l’autre et on voit des éléments qui vont perdurer.

Le jeu dynamique repose, quant à lui, sur des éléments éphémères, par exemple une meilleure mobilité des pièces, un avantage d’espace, un meilleur dynamisme.

Ici encore, tout est lié. Celui qui est moins bien statiquement va chercher à jouer dynamique et celui qui est mieux statiquement va chercher à éviter trop de dynamisme. On retrouve cette distinction entre éléments conjoncturels, qui constituent la force d’une entreprise sur le long terme, et éléments structurels, appelés à évoluer, dans toute organisation.

 

Le contrôle du centre et de l’espace

Le contrôle du centre et de l’espace est fondamental. Aux échecs, celui qui est le mieux positionné, très souvent, est celui qui contrôle le centre car il a une meilleure mobilité de ses pièces ; il peut se déplacer plus facilement et il dispose d’une vue d’ensemble. Dans la vie de l’entreprise, c’est très important d’occuper une position centrale. Contrôler le centre et l’espace s’applique dans la vie de tous les jours.

 

Surprotection

Le principe de surprotection consiste à protéger plus que nécessaire des éléments importants, des points importants, des cases importantes, des pièces importantes. Là aussi, on constate une application simple : une entreprise, leader dans son marché, va chercher à se surprotéger, à renforcer ses acquis, à être leader dans son domaine.

 

Prophylaxie

Le dernier principe est la prophylaxie. C’est un terme que l’on retrouve en médecine. L’idée est la suivante : on doit chercher à anticiper les menaces adverses et donc on va éviter qu’une menace se réalise. On va réaliser un coup pour éviter qu’une manœuvre se réalise. On va anticiper, prévenir quelque chose qui est fondamental aux échecs et qui fait qu’on va obtenir des succès en ayant en tête ce principe de prophylaxie.

 

2. L’apport de la méthode

Les apports concrets du jeu d'échecs dans la conduite de l’entreprise

La conduite de l’entreprise se fait toujours soit par rapport aux autres, soit par rapport à soi-même. Par rapport aux autres, aux échecs, la première des règles est de regarder et comprendre ce que fait l’adversaire. Quels sont ses points forts et ses points faibles ? Pourquoi se déplace-t-il d’une telle manière ? Pourquoi attaque-t-il de cette manière ? Pourquoi déplace-t-il les pions de cette manière ? Tout entreprise qui ne sait pas ce que fait la concurrence, qui ne comprend pas son environnement ne peut pas perdurer.

Aux échecs, quand on joue une ouverture, un ensemble de coups au départ, on peut s’apercevoir cinq ans après qu’un autre joueur, dans un autre pays, a démontré que les coups étaient mauvais. C’est la raison pour laquelle le joueur d’échecs s’intéresse aux bases de données et essaye de comprendre pourquoi tel ou tel coup n’est pas bon en fonction de la pratique des joueurs. C’est exactement ce que fait l’entreprise au quotidien. Elle doit être réceptive aux évolutions technologiques, elle doit penser à investir dans la recherche, elle doit penser constamment à être en adéquation avec son marché. Une entreprise militaire, par exemple, qui n’aurait pas l’armement permettant la dissuasion moderne ne pourrait pas aller quelque part. De même, une entreprise doit toujours investir dans les moyens de technologie modernes.

 

Les apports concrets du jeu d'échecs dans la compréhension de soi

Pour progresser, comme le disait l’ancien professeur de Garry Kasparov, Maître Mikhaïl Botvinnik, champion du monde, la principale qualité est de s’analyser soi-même, faire un bilan objectif de la situation, ne jamais tomber dans deux travers : soit se voir plus beau qu’on ne l’est, soit se voir moins beau qu’on ne l’est en réalité.

On distingue deux questions importantes qui permettent de mieux analyser son action : 1. Quel coup fait-on ? Quelle pièce déplace-t-on ? Ce coup est-il bon ou non ? C’est la question du comment et 2. Pourquoi le fait-on ? Il est absolument fondamental de distinguer la valeur objective d’une action avec la raison pour laquelle on la fait, et l’un ne va pas sans l’autre. Était-on pressé par le temps ? Stressé ? Avions-nous des raisons de jouer de cette façon ? Y avait-il des éléments personnels qui ont entraîné cette action ?

On analyse alors objectivement et froidement la situation comme un audit de notre situation, de notre position sur le marché, de notre position par rapport aux autres pour pouvoir progresser. S’analyser soi-même en somme.

 

La protection du roi

Il existe une autre constante aux échecs : se protéger, protéger son roi, sa sécurité car on peut avoir cinq pièces de plus mais, si le roi est exposé, on peut perdre une partie.

 

De l’importance de créer l’adhésion de tous

Le dernier élément structurel aux échecs est le fait de se développer. On ne peut pas concevoir aujourd’hui de déplacer une pièce – souvent les débutants déplacent la dame car ils sont fascinés par sa force – et ne pas déplacer l’ensemble de ses pièces. Dans une entreprise commerciale par exemple, on a des dirigeants, des salariés, parfois des actionnaires, et toutes ces personnes se dirigent vers le même but. Si le dirigeant oublie ses salariés, l’entreprise sur le long terme va connaître des désaffections, des gens vont partir ou être moins motivés et l’entreprise va perdre, petit à petit, sa force vive. Pour l’entreprise militaire, c’est exactement la même chose. On se soucie toujours du moral de ses soldats et de son armée.

Ce sont des principes simples qui permettent d’évoluer et de comprendre l’environnement dans lequel on est.

Joel Gautier