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Le foot : si je pouvais être un dictateur en chambre !

Le foot : si je pouvais être un dictateur en chambre ! - publication Cercle K2

Le Cercle K2 n'entend donner ni approbation ni improbation aux opinions émises dans les publications (écrites et vidéos) qui restent propres à leur auteur.

Philippe Bilger est Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole.

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Je sais, je tombe à chaque fois dans le panneau.

Et je me reproche mon addiction aux matchs de foot. Car je ressens bien comme une sorte d'infantilisme l'idée de contempler, ravi ou indigné, des joueurs se transmettre un ballon rond avec leurs pieds.

En même temps, je suis moins exaspéré par la médiocrité de certains matchs et la défaite de mes équipes favorites - en général les plus faibles sur le papier, Reims ou Lens par exemple - que très critique sur la périphérie du foot, les commentaires, les émissions, l'écume sportive, les considérations grandioses avec l'air le plus sérieux du monde, le langage souvent relâché comme si ce sport n'avait pas droit au verbe le meilleur ; en synthèse, l'augmentation constante de la bureaucratie médiatique et du verbiage. On nous prive de plus en plus des buts pour nous les annoncer avant et les analyser après.

J'ai bien conscience d'être le bougon de service mais, sans surestimer le foot professionnel, les entraîneurs et la multitude des parasites qui gravitent dans cet environnement, ni valider le lyrisme grotesque de certains propos, j'attache encore trop d'importance au foot - peut-être l'un des derniers liens populaire d'un pays qui en est sevré - pour ne pas aspirer à une forme d'excellence pour ce qui le concerne.

Nous avons retrouvé le bonheur de voir des matchs, grâce aux redoutables négociateurs de Canal Plus face à une LFP (Ligue de Football Professionnel) roulée dans la farine hier et aujourd'hui décrédibilisée. Sans le connaître, j'admire Vincent Bolloré qui n'a jamais cédé aux pressions médiatiques pour ce qui relevait, selon lui, de l'essentiel !

Pourquoi, sur mon canapé, n'aurais-je pas le droit de me prendre pour un dictateur en chambre reconstituant le monde du foot à ma guise ?

D'abord je prévoirais chaque dimanche soir une diffusion des buts de toute la semaine dans leur pureté sportive, sans la moindre once verbale.

Je ne garderais, pour les matchs, qu'un seul commentateur (moins prolixe que Stéphane Guy) de sorte que je ne risquerais pas d'égaler, avec des présences inutiles, quasiment le nombre de joueurs. Je n'aurais plus envie d'entendre des duos ou pire des trios prendre le prétexte d'un match pour entretenir entre eux des conversations sans intérêt, avec des consultants redondants et ne servant à rien. Au lieu de laisser parler les images, ils bavardent à leur place.

Je ne fatiguerais plus les joueurs désignés à la mi-temps en les contraignant à des banalités : "on va essayer de revenir au score", "on va tenter de continuer à marquer"...

Pour les émissions sportives, par exemple le Canal Football Club, serait-il iconoclaste de souhaiter une réduction sur le plateau dans la mesure où rares sont ceux qui, dans un langage acceptable, apportent une vraie lumière aux téléspectateurs, connaissant en principe un peu le foot ? Hervé Mathoux, impeccable animateur, Habib Beye ancien grand joueur, analyste compétent et fin, et Dominique Armand, le roi des statistiques, mériteraient de demeurer.

Dictateur en chambre, j'avoue que déjà ces transformations, cet allègement, me feraient du bien. Avant, pendant et après.

Le match terminé, je redeviendrais républicain.

Trop souvent, dans la manière dont on le traite, on sent que les exigences doivent être rabaissées. Parce qu'après tout, si ce royaume est celui de l'argent, pour le reste ce n'est que du ballon rond avec des protagonistes qui brillent balle au pied mais pas nécessairement ailleurs ! Je n'éprouve pas le moindre mépris pour les artistes qui nous séduisent mais il convient de ne leur demander que ce qu'ils peuvent donner.

Pour un Lloris, un Mbappé et quelques autres, reste une multitude qui ne cherche pas à faire croire que la parole est son fort d'autant plus que le questionnement proposé est basique : "faut-il marquer pour gagner" ou "si vous ne marquez pas, allez-vous perdre" ? Difficile face à de telles interrogations de s'illustrer par l'esprit !

Philippe Bilger

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Article initialement publié le 10/02/2021 : voir le lien

Publié le 13 février 2021