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Pourquoi la mondialisation a échoué !

Pourquoi la mondialisation a échoué ! - publication Cercle K2

Le Cercle K2 n'entend donner ni approbation ni improbation aux opinions émises dans les publications (écrites et vidéos) qui restent propres à leur auteur.

Eric Fromant est Conseil en redéploiement stratégique & Expert en économie de fonctionnalité.

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La mondialisation aurait pu être une internationalisation renforcée des économies, et même des politiques et des cultures. Les choix qui ont été faits ont conduit au résultat inverse. C’est pourquoi le Forum économique mondial parle de "choc en retour" contre la mondialisation. C’est aussi pourquoi Antonio Guterres, Secrétaire général de l’ONU, "en appelle à tous les dirigeants à écouter les vrais problèmes des vraies gens" et considère que "le monde se débat avec les impacts négatifs de la mondialisation"

La mondialisation a été réalisée sur l’objectif prioritaire et quasi-unique de la maximisation des profits à court terme. Cela a entraîné le désir de l’utopie du village mondial, décrite par Francis Fukuyama dans son livre "La fin de l’Histoire", et le choix prioritaire de l’économie de l’obsolescence au motif de la prétendue incontournable réduction des coûts[1].

Les raisons de cet échec sont :

  1. L’Occident doit en être à la cinquième mondialisation. L’Histoire est faite d’époques qui se succèdent et qui, par définition, sont différentes. Sur Terre, tout naît, se développe et meurt. Cette cinquième mondialisation était, en conséquence, naturellement programmée pour mourir un jour.           
    En fait, les cycles les plus importants sont des cycles de 30 ans. Nous avons eu les Trente glorieuses de 1945 à 1973 et le cycle de 1973 à 2008, artificiellement prolongé jusqu’en 2020, date de la pandémie qui se trouve être un formidable accélérateur de l’indispensable changement.
  2. Cette utopie du village mondial supposait l’éradication des cultures, des identités, de façon à réaliser le rêve de David Ricardo : ramener les hommes à de simples agents économiques. Or, les peuples ont besoin d’identités, ils se développent et s’affirment autant par l’altérité que par leur propre identité. Il en est ainsi depuis des millénaires et les événements montrent qu’ils ne veulent pas changer.
  3. L’économie de l’obsolescence a entraîné un épuisement des ressources, un niveau de pollution insupportable et ce qu’on a appelé élégamment les dumping sociaux et environnementaux qui ont correspondu, certes, à un développement pour divers pays, mais aussi à des conditions de travail relevant de l’esclavage ("l’économie de l’obsolescence est basée sur des emplois à très bas niveau et qui doivent le rester", Préface de Christian Blanc, "Les clés du renouveau grâce à la crise ; Économie de fonctionnalité : mode d’emploi pour les dirigeants d’entreprise", Ems-Éditions).
  4. Cet esclavage, dont l’affaire du Rana Plazza fut emblématique en 2013, dont les victimes n’ont pas été indemnisées, crée les conditions de revendications fortes à l’égard de l’Occident, alors qu’à l’évidence, les employés licenciés parce que victimes des "délocalisations", en langage plus direct "l’exportation des emplois dans le cadre d’une recherche de profit maximisé", ne sont pour rien dans les décisions prises. Pourtant, à bien regarder, la mondialisation ne fut heureuse pour personne, à l’exception du 1 % de la population mondiale qui l’a façonnée et qui en a beaucoup profité.
  5. Aujourd’hui, la crise remonte l’échelle sociale. Les cadres supérieurs ont longtemps cru qu’ils étaient plus proches du 1 % cité plus haut que de l’ensemble des employés et qu’en conséquence, ils faisaient partie des "gagnants de la mondialisation". De plus en plus, ils prennent conscience que l’inverse se révèle à leurs yeux. Il y a un gouffre entre le 1 % des super riches et les cadres supérieurs des grands groupes alors qu’il n’y a qu’une répartition sur une courbe sigmoïde des revenus entre très modestes, modestes, moyens et supérieurs, répartition représentée ci-dessous (Figure 1).

 

figure 1

Cette représentation cache, notamment parce qu’elle ne considère que les salaires, une tout autre réalité : considérer la répartition par décile n’a de sens que pour les neuf premiers, ensuite, la monté extrêmement rapide au sein du dixième décile constitue un ensemble totalement différent (Figure 2).

  figure 2

D’après https://www.les-crises.fr/inegalites-revenus-france-5/ pour la France. 

La prise de conscience ne fait que commencer, mais elle sera dévastatrice à l’égard des media qui perdront la crédibilité qui leur reste et elle fera basculer une grande partie des cadres supérieurs dans une revendication portant sur un retour des investissements dans nos pays, sur une souveraineté garantissant le retour des emplois. La crise va s’approfondir et correspondre au réajustement logique de nos niveaux de vie à ce qu’ils seraient si l’immensité de la dette contractée n’existait pas, c’est-à-dire à ce qu’ils devraient être compte tenu du transfert de richesse opéré ces dernières décennies vers les pays dits émergents.

Le graphe des évolutions des revenus américains du "1 % le plus riche" et du "reste" est très significatif (Figures 3 et 4).

figure 3

figure 4

 

Le 3 juin 2020, Madame Kristalina Georgieva, Directrice générale du FMI, se joignait à Klaus Schwab et Antonio Guterres dans une visio-conférence et annonçait qu’elle réfléchissait à introduire le Bancor (retour à l’étalon-or modifié par Keynes). Cette décision interdirait les déséquilibres commerciaux qui ont tant profité aux pays émergents et ruiné l’Occident, le faisant plonger dans une dette abyssale.

C’est dire le virage à 180 degrés opéré par les trois institutions citées, lesquelles jouent un rôle, à l’évidence majeur, dans l’évolution du monde.

Sur le plan économique à court terme, certains se seront considérablement enrichis ; sur le plan tant espéré par eux-mêmes, d’une mondialisation conduisant au concept du village mondial, le résultat aura été inverse. L’internationalisation douce qui aurait pu être mise en place aurait conduit au respect des cultures, des identités et, dans ce cadre, le commerce international aurait pu se développer, dans une mesure moindre mais de façon stable et durable. Pour avoir voulu la démesure, le contre-choc, décrit par le Forum économique mondial depuis 2013 mais annoncé par Klaus Schwab dès 1993 dans un article du International Herald Tribune, fera son œuvre jusqu’au bout.

Heureusement, il est accompagné d’une prise de conscience selon laquelle il vaut mieux commercer avec ses voisins qu’avec les pays du bout du monde, quel que soit le continent sur lequel on se trouve ; c’est pour cela que, depuis de nombreuses années déjà, le commerce intracontinental croit régulièrement, sur tous les continents, et que le commerce intercontinental régresse.

Le contre-choc va se traduire par le renforcement de zones homogènes, politiquement, économiquement, socialement, culturellement. Leur homogénéité leur donnera la stabilité, ce qui ne les empêchera nullement de maintenir des échanges. Ils seront simplement beaucoup plus sélectifs, et dans le respect des équilibres des balances commerciales et de paiement.

Eric Fromant

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[1] Le succès de Nespresso, qui vit de marges voisines de celles de l’industrie du luxe, sur un produit aussi banal que le café, rappelle que seule la différenciation peut permettre d’y parvenir.

Publié le 28 février 2021

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