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Les associations après le Covid 19, coup d’arrêt ou nouvelles opportunités ?

Les associations après le Covid 19, coup d’arrêt ou nouvelles opportunités ? - publication Cercle K2

Le Cercle K2 n'entend donner ni approbation ni improbation aux opinions émises dans les publications (écrites et vidéos) qui restent propres à leur auteur.

Michel Carrega est spécialiste en ingénierie financière des associations, des collectivités territoriales et des institutionnels. Il est également un ancien cadre de banque.

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Le milieu associatif a été frappé de plein fouet par la crise du Coronavirus et cette crise se révèle meurtrière pour beaucoup d’entre elles, surtout dans les domaines culturel et sportif ou elles sont omniprésentes. Mais elle a aussi mis en lumière leur importance fondamentale dans le fonctionnement de la société et aux yeux de beaucoup a pu apparaître comme une alternative plus efficace dans l’action qu’un État obèse empêtré dans ses propres règles de fonctionnement. Face à des institutions bureaucratiques engluées dans un amoncellement de réglementations, à une technocratie centralisatrice traditionnellement méfiante et infantilisante, les associations gestionnaires en particulier celles de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS) se sont révélées indispensables et irremplaçables. Moins dogmatiques et plus proches du terrain, elles ont répondu présent et pourraient, si elles savent s’adapter et accélérer une mutation entamée depuis de nombreuses années, bénéficier non seulement d’une reconnaissance définitive de leur rôle, s’affirmer comme interlocuteurs incontournables de l’État mais aussi devenir le relais d’une action publique plus efficiente et porteuses de solutions d’avenir.

 

2020 : Un été meurtrier ?

La crise du printemps-été 2020, le confinement, l’arrêt de la vie sociale, puis un déconfinement très progressif ont provoqué un véritable séisme dans le milieu associatif. L’impact a été brutal et les dommages non encore définitivement évalués à ce jour : de l’arrêt pur et simple de toutes les activités sportives, culturelles et sociales, au fonctionnement ralenti et extrêmement complexe dans le domaine sanitaire et social, c’est tout le milieu associatif qui a subi les effets dévastateurs de la pandémie. Beaucoup de ces associations ne survivront pas et d'autres auront beaucoup de mal à se relever. S’il est encore trop tôt pour évaluer le bilan de cette crise sanitaire dont nous ne sommes pas encore sortis, un constat s’impose : l'année 2020 aura été catastrophique. Mais cette crise aura aussi peut-être un mérite, celui de nous faire réfléchir sur le fonctionnement de notre société et sur le rôle de ses différents acteurs. Beaucoup de gens ont ainsi touché du doigt l'importance des associations dans la société française et ce dans tous les domaines : culturel, sportif d’une manière évidente mais aussi et surtout économique et social. Une réalité moins connue de nos concitoyens. Un  rappel s'impose et quelques chiffres pour illustrer cette importance considérable par exemple dans la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur : en 2019, voilà quels étaient les chiffres clés de l’ESS dans cette région : 16818 établissements employeurs dont 14325 associations, 162876 salariés dont 133685 dans ces mêmes associations, 13,5 % de l'emploi régional privé (dont 69 %de femmes) et 4,3 milliards d'euros de salaires bruts distribués,1734 coopératives, 63 fondations et 697 établissements mutualistes. L’Économie Sociale et Solidaire représente donc un tissu dense, présent dans tous les domaines et sur lequel il importe de s'appuyer davantage. Car, s’il est un constat sur lequel d’ores et déjà on peut s’accorder, c’est que l’État ne peut être la seule solution pour affronter ce type de crise. On ne s’étendra pas davantage sur les failles que le Covid 19 a mis cruellement en lumière : un État trop centralisé, trop technocratique, trop vertical, soumis à un amoncellement de réglementations illisibles et parfois contradictoires, et souvent terriblement éloigné des réalités du terrain.

 

2021 : Économie Sociale et Solidaire : une réelle solution d’avenir ?

L’appareil étatique s’est ainsi révélé souvent impuissant à réagir vite, de manière différenciée et il sera également malaisé pour lui de réparer les fractures sociales que la crise sanitaire n’a fait qu’aggraver. Les associations en première ligne, pour reprendre une citation un peu galvaudée, sauront-elles saisir cette opportunité pour non seulement rebondir mais plus encore, pour devenir un interlocuteur reconnu, un relais plus efficace de l’action publique ?

La réponse est oui mais, compte tenu de l’hétérogénéité du milieu associatif, cette position doit être nuancée et suppose, de toutes façons, une véritable remise en question de leur mode de fonctionnement. Même si on ne parle ici que des associations structurées dites gestionnaires, employant 1 ou plusieurs salariés et bénéficiant de ressources significatives (un budget supérieur à 150000 euros), toutes doivent tirer les leçons de la crise actuelle. Cette remise en question concerne au premier chef leur mode de financement. C’est, chacun le sait, leur talon d’Achille. Depuis plusieurs années, une lente évolution a été impulsée par l’État. On est passé de la simple "culture de la subvention" aux réponses à des appels à projets, du coup par coup des subventions annuelles à des engagements pluriannuels, etc. Cette évolution a peu à peu touché tous les secteurs. Si le secteur sanitaire et social a depuis longtemps effectué sa mue (CEPOM, EPRD) et bénéficie ainsi d'une meilleure visibilité en échange d’un fléchage des dépenses publique ainsi engagées, il n’en est pas de même pour de très nombreuses associations dans les autres secteurs. Elles doivent renforcer leurs fonds propres et diversifier leurs sources de financements. Elles doivent travailler davantage en réseau et mieux utiliser leurs entités fédératrices (URIOPSS, CRESS). Bref, elles doivent se moderniser dans deux directions :

  • Renforcement de leurs fonds propres ou assimilés : de nombreuses pistes restent sous utilisées : mécénat, action des Fondations, titres participatifs, utilisation des réseaux pour une collecte de dons plus moderne et plus extensive.
  • Développement des activités partiellement lucratives (formations) ; diversification des sources de financement : cofinancements, recherche d’une pluralité de subventionneurs, financements à long terme et/ou cautions auprès d’organismes spécialisés comme France Active ou BPI, recours au crédit-bail ou à la location longue durée ; utilisation des énormes potentialités de la finance participative, le crowfunding dans ses différentes formes.

Ainsi, sans perdre de leur capacité de réaction, de leur connaissance du terrain et de leur engagement sociétal, elles seront plus solides et plus efficaces pour répondre aux défis de demain et renforcer l'action de l’État, tout en développant l’indispensable lien social dans une société menacée de fracturation.

Michel Carrega