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N’attendons pas que s'ouvrent les yeux du Dragon... 2020 – 2030, la décennie chinoise ?

N’attendons pas que s'ouvrent les yeux du Dragon... 2020 – 2030, la décennie chinoise ? - publication Cercle K2

Le Cercle K2 n'entend donner ni approbation ni improbation aux opinions émises dans les publications (écrites et vidéos) qui restent propres à leur auteur.

Claude Jaeck est Conseiller en stratégie.

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N’ATTENDONS PAS QUE S’OUVRENT LES YEUX DU DRAGON (1)… 

2020 – 2030,  la décennie chinoise?

笑裡藏刀  "Dissimuler une épée dans un sourire", appelé aussi la stratégie du "sourire du tigre" est le dixième des 36 stratagèmes : rassurez l’ennemi, avec douceur et sympathie, pour le rendre négligent et détruire sa volonté combative, travaillez en secret pour le subjuguer et se préparer pleinement avant de passer à l’action. Une fois le climat de confiance établi, une offensive tactique brève surprendra alors l’autre sans protection. C'est la méthode pour dissimuler une puissante volonté sous une apparence docile (2).

 

Lundi 25 janvier 2021, en cette veille de l’année lunaire du buffle, le Président Xi Jinping s’adresse au monde. Invité spécial, il inaugure la première version digitale du Forum Économique Mondial de Davos. La fine fleur mondialiste a maintenu son rendez-vous bi-annuel en mode distanciel dans le village alpin (3). Xi affiche la posture apaisée de bon père de famille. 

Que nous dit le Président de la République Populaire de Chine et Secrétaire Général du Parti Communiste Chinois :  "le peuple chinois n’est pas belliqueux et prônera toujours le dialogue, jamais la confrontation. La Chine n’a eu de cesse de s’améliorer et a accompli des progrès considérables sur tous les fronts. La grande nation chinoise est désormais prête à assumer le rôle qui est le sien dans le concert des nations; ce rôle, le destin lui impose pour le plus grand bien de l’humanité" (4).

Persuadé de la supériorité de sa civilisation, il n’est cependant pas dans la nature de la Chine d’imposer son point de vue et sa façon de vivre aux autres et encore moins par la force. Mais elle est prête à partager ses bienfaits avec tout ceux qui le souhaitent, nous affirme-t-il. 

Le moment ne pouvait pas mieux tomber pour Xi. Alors que la passation des pouvoirs est en cours à Washington, cette intervention permet à la Chine d’affirmer à nouveau ses intentions pour ceux qui ne l’auraient toujours pas compris. 

Le ton se veut rassurant mais tranche singulièrement de l’attitude arrogante affichée par le régime depuis quelques années et dont le symbole le plus percutant  est l’agressivité de "la diplomatie des loups guerriers" (5). Ou encore les harangues du très médiatique éditeur en chef du Global Times qui en des termes très condescendants critique l’Université de Cambridge (6) qui "devrait se souvenir que sa gloire, comme celle du Royaume-Uni, appartient au passé" (7). 

Le PCC aurait-il changé de posture ?

Les changements dans la politique chinoise sont vraisemblablement tactiques plutôt que stratégiques. Un an après Wuhan et le début de l’épidémie de Covid-19, on aurait imaginé la Chine à genoux. C’est tout l’inverse.

Les indicateurs économiques publiés sont au vert et Pékin sait que la nouvelle politique américaine à son égard ne sera probablement pas très différente de la précédente sinon dans la forme (8).

Mais, alors, comment comprendre ce discours sur le "multilatéralisme à caractéristiques chinoises" (9) ?

Le parti sait son oeuvre de transformation inachevée et fragile. Il veut et doit gagner du temps, 5, 10, 20 années de paix supplémentaires afin d’asseoir sa puissance économique de manière incontestée. Précisons de suite qu’il s’agit ici d’une logique politique de rapports de force plutôt que civilisationnelle.

Les forces vives du pays (comprendre les bénéficiaires du système) sont mobilisées pour mener de concert un narratif rassurant et apaisant d’un côté, tandis que de l’autre se déchaînent sans concessions ses considérables forces économiques. Ne nous serait-il pas permis, à nous aussi, de jouer une sorte de double jeu vis-à-vis de la Chine pendant que l’Europe permettrait la création d’un front uni?

Petit retour en arrière car, pour bien comprendre la pensée chinoise, nous devons l’analyser sur le temps long.

Pendant plus de deux millénaires, la Chine s’est considerée comme une civilisation autour d’un centre unique diffusant son influence civilisatrice vers la périphérie, d’où le nom "d’Empire du Milieu". Non content de se percevoir comme le centre du monde, elle s’est considérée comme le monde (rien que cela) et s’est désignée jusqu’à l’aube du 20ème siècle, en toute simplicité, comme  "[tout] sous le Ciel" (tianxia). Ce que nous appelons la Chine aujourd’hui ne fait référence à un État-nation que depuis un siècle.

Un système tributaire, épanoui durant la dynastie Qing, concédait des faveurs aux états qui se reconnaissaient vassaux de la Chine.

Cette puissance d’irradiation a constitué un "monde sinisé" recouvrant toute l’Asie orientale avec l’idée que tout ce monde allait finir par être transformé et par adopter la civilisation chinoise puisque supérieure.

C’est dans la nostalgie de l’universalité de la Chine-monde que le Parti Communiste Chinois (PCC) trouve le facteur unifiant de l’idéologie prédominante de la "Grande Chine". Un "nouveau système tributaire" (10) semble être mis en place aujourd’hui avec des faveurs concédés à l’État qui s’aligne diplomatiquement avec Pékin et se fasse le défenseur d’au moins une partie de ses positions dans les réseaux d’alliances multilatérales auxquels il participe (11).

En somme, et en reprenant les termes de la sinologue Anne Cheng, au cours des quatre dernières décennies écoulées depuis la fin de la révolution culturelle et le début de la sortie du maoïsme, on est passé de "la Chine dans le monde" à "la Chine et le monde" et, pour finir, à "la Chine est le monde" : la boucle est ainsi bouclée, la Chine prétend être de nouveau "tout sous le Ciel" (12). 

Voilà qui explique le sentiment de la Chine du PCC et son objectif.

L’offensive de "sinisation intelligente" a commencé il y a déjà une bonne trentaine d’années et il est grand temps que les européens calibrent leurs réactions et politiques extérieures en conséquence.

"Lang Lang joue Chopin mieux que personne, la fabuleuse Gong Li séduit James Bond, le Panda envahit les zoos"(13), Rambo n’est plus americain mais chinois et j’ajouterai que Mme Wang fait une excellente choucroute… 

Une conquête longuement distillée, orchestrée avec rigueur et continuité, prépare et ensemence un terrain qui, plus tard, produira l’effet attendu de la conquête. Le temps ne compte pas, ni pour le Bouddha, ni pour Confucius, et le Parti a d’illimitées capacités de renouvellement, un réservoir de plus de 91 millions de membres du parti (14).

L’infiltration économique et culturelle ayant été menée à bien, dans 50, 60, 70 années, les "Nouvelles Routes de la Soie" ayant suffisamment "sinisé" l’Europe, le Mahjong remplaçera la belote et le bol de riz le cassoulet (15).

Malgré les décennies écoulées depuis son ouverture au monde, la civilisation chinoise reste terriblement méconnue et nous continuons à souffrir d’un véritable déficit d’informations de ce qui se passe en Chine qui, rappelons le, représente 15 % du PIB mondial et 1/3 de la croissance selon les secteurs. 

Nous serions 600’000 occidentaux à vivre en Chine et à essayer de comprendre 1,4 milliards de gens alors que la diaspora chinoise dans le monde s’évalue, elle, à 70 millions. 35’000 restaurants chinois aux États-Unis contre 3’500 MacDonald en Chine (16)… De plus l’opacité, savamment inscrite dans l’ADN du régime chinois, ne facilite pas notre tâche. Nous avons un désavantage compétitif de 1 à 100 ! La Chine sait ce qui se passe chez nous. II n’en est pas de même pour nous et il serait temps que nous en prenions conscience et mettions en place des mesures correctives (17).

 

LA PUISSANCE ÉCONOMIQUE COMME LEVIER ou la quatrième révolution industrielle est elle déjà en marche ? (18)

Échanges commerciaux, balances commerciales, taux de croissance sont autant d’illustrations de l’hégémonie économique de la Chine. 

Ses investissements à l'étranger dans des secteurs stratégiques, son influence industrielle sont les indicateurs de notre dépendance. 

Mais ce sont la science et l’innovation que sont les priorités politiques du Président Xi Jinping, l’objectif étant de rendre la Chine forte économiquement et plus puissante militairement. Les efforts sont donc portés sur l’autonomie technologique, c’est-à-dire le développement de ses propres capacités au regard de secteurs de niche et l’État chinois conduit une politique très dirigiste pour mener à bien ses ambitions.

Le leadership émergeant de la Chine est visible dans tous les domaines :  l’exploration spatiale (19), l’intelligence artificielle des données structurées et non structurées (20), la physique quantique (21), le Big Data, la technologie 5G de Huawei en tant que norme dominante dans les réseaux de télécommunications (22), le paysage de la R&D en nanotechnologie et biotechnologie et les applications commerciales émergentes (23), la stratégie "Made in China 2025" menée par l’État stimule l’industrie de la robotique, l’Internet des objets (IoT) ou la tendance technologique chinoise "O to O" pour tout (24), Beidou (25) , Xiaomi (26), Wechat (Tencent), Tik-Tok (Bytedance), sa monnaie qui cherche à faire concurrence au dollar (convertibilité et dématérialisation), etc.

La crise du Covid à servi d’accélérateur d’innovations. Certaines technologies auparavant naissantes ont vu des développements fulgurants au cours de cette période : de la gestion épidémiologique (reconnaissance faciale, identification et traçabilité des individus, applications et services sans contact, télémédicine) aux véhicules-robots autonomes, les drones et l’e-learning.

 

ÉVITER LE PIÈGE DE THUCYDIDE (27)

Washington et Pékin s’accordent sur peu de choses ces derniers temps, mais il y a malgré tout un point d’accord qui ressort : la concurrence entre leurs deux pays entrera dans une phase décisive durant cette décennie. La décennie de tous les dangers….

Quels que soient leurs postures stratégiques respectives, il parait inévitable que les tensions et les acrimonies entre la Chine et les États-Unis s’exacerbent d’avantage et qu’elles débouchent même sur des affrontements indirects. 

La guerre cependant n’est pas inévitable (28).

La mise en place de garde-fous pour empêcher une telle catastrophe serait une solution : un cadre commun pour éviter que leur opposition ne dégénère en conflit ouvert, l’acceptation de bottom lines, de lignes rouges, qu’on ne peut franchir impunément (29). 

Cette idée de "limites à ne pas franchir" est d’ailleurs inscrite dans l’antique tradition chinoise (30).

L’ancien Premier ministre australien Kevin Rudd, en fin connaisseur de la Chine, propose, lui, la mise en place de ce qu’il appelle une "concurrence stratégique gérée", un cadre de procédures et de mécanismes tels que ceux mis en place par les États-Unis et l'Union soviétique après la crise des missiles cubains, évidemment sans attendre d’en arriver à ce stade de l’escalade, cadre difficile à construire mais pas impossible, les alternatives risquant d'être catastrophiques. 

Le Parti Communiste Chinois (PCC) est de plus en plus convaincu que d’ici 2030, l’économie de la Chine dépassera finalement celle des États-Unis pour devenir la première puissance mondiale. 

Les élites occidentales, elles, ne semblent cependant pas s’affoler…

Profitant d’un occident somnambule, le PCC continue d'avancer en tâchant de ne pas reproduire les erreurs de l’URSS. 2049, l’année des 100 ans du régime en sera le marqueur temporel pour démontrer sa puissance et sa réussite, qui tend à être présenté comme plus forte qu’elle n’est en réalité. Le remplacement du dollar américain par le yuan chinois comme devise de référence est dans les esprits ainsi que la domination chinoise dans tous les nouveaux domaines technologiques. 

La victoire dans cette course à l’hégémonie mondiale permettrait à Xi Jinping de finaliser la réunification forcée avec Taiwan avant de quitter le pouvoir, un exploit qui lui permettrai d’entrer au panthéon du PCC au même titre que Mao Zedong. 

Les États-Unis et le monde occidental en général crurent longtemps à la théorie selon laquelle la Chine finirait inévitablement par nous ressembler, qu’elle adoptera une forme de démocratie libérale, Wandel durch Handel (31), qu’elle rejoindra"le rang des pays épris de liberté" et "qu’il fallait même aider le peuple chinois dans ce sens" (32). Cela fut une erreur de jugement considérable.

La seule chose qui pourrait amener le peuple chinois à se rebeller serait une piètre performance de son gouvernement (corruption, chômage, inégalité, répression) et l’encouragement extérieur d’un tel mécontentement, en particulier de la part des États-Unis,serait contre-productif. 

Le PCC, quant à lui, pense que la Chine est désormais suffisamment solide pour résister aux eventuelles sanctions occidentales. En outre, il est peu probable que les sanctions unilatérales américaines soient adoptées par d'autres pays, par crainte de représailles chinoises. Même si les Européens sont sortis d’une certaine naïveté vis-à-vis de la Chine, il n’est pas, je pense, envisageable qu’ils entrent dans un bras de fer comme Donald Trump a pu le faire.

Les médias d’état chinois et leur propagande n’ont de cesse de vanter le modèle méritocratique et exaltent le nationalisme, critiquent quotidiennement cet Occident fantasmé et le prétendu épuisement des modèles démocratiques. Ils semblent même chercher à convaincre la population chinoise que les pays occidentaux seraient en train de devenir leurs ennemis. Une telle offensive de communication est dangereuse et il est urgent de sortir de ce cercle vicieux (33).

La stratégie de Xi, décrite comme "l'économie à double circulation de la Chine", prévoit son passage de la dépendance à l'exportation à la consommation intérieure comme moteur de la croissance économique à long terme.

Quant aux revendications maritimes et territoriales de la Chine dans les Mers de Chine orientale et de Chine méridionale, Xi ne cédera pas d’un pouce. Il en va de la survie du régime. La Chine continuera de déployer pleinement son poids économique dans l’espoir d’assurer la neutralité de la région en cas d’incident ou de crise militaire impliquant les États-Unis ou leurs alliés. Il est difficile d’accepter comme naturelles ces revendications chinoises. Pourquoi être plus tolérant avec ce régime totalitaire qu’on ne l’était avec l’URSS. La Chine, depuis la fin des années 1970, c’est un peu la NEP de Lénine à très grande échelle. 

Tous ces choix stratégiques sont fondés sur la profonde conviction que les États-Unis se trouvent dans un déclin structurel irréversible et sur le pari qu'au fur et à mesure, d'autres pays viendront à partager ce point de vue et commenceront à ajuster leurs postures stratégiques en conséquence. Il convient ici de distinguer le discours officiel de la Chine de la réalité politique objective.

Le grand danger qui inquiète le PCC serait une "intervention" américaine avant que leur pouvoir finalement ne se dissipe, non seulement la possibilité d’un conflit militaire, mais surtout un découplage économique radical et leur prise de conscience que les États-Unis ne pourront plus rivaliser à eux seuls avec la puissance chinoise et forment, en conséquence, une coalition efficace des pays capitalistes et démocratiques dans le but de contrer collectivement la montée de la Chine. D’ailleurs, le nouveau Président Biden a fait des propositions dans ce sens en appellant à tenir un sommet mondial des grandes démocraties libérales. C'est pour cette raison que la Chine a agi rapidement pour obtenir de nouveaux accords commerciaux et d'investissements en Asie et en Europe avant la prise de fonction de la nouvelle administration américaine. À mesure que la Chine devient plus puissante, Washington sera forcé de revitaliser ses alliances, que la Chine s’évertuera à déstabiliser.

Mais le plus grand cadeau que les années Trump ont offert à Pékin fut les nombreuses failles qui se sont creusées entre les américains et ses alliés et que la Chine a su exploiter. Le résultat a été que la Chine a remporté des victoires telles que l'accord regional de libre-échange Asie-Pacifique et l'accord global d'investissement UE-Chine (accès au marché, règles du jeu équitable et développement durable). La conclusion d’accords séparés n’aide en rien la relation transatlantique et facilite même le jeu que la Chine mène en permanence pour diviser ses différents interlocuteurs (34).

La Chine reste cependant convaincue que la nature partisane et clivante de la politique américaine empêchera la nouvelle administration de concevoir une stratégie chinoise cohérente et éfficace. 

En politicien expérimenté, Biden voudra prouver à Pékin son tort, stratégie qui passera immanquablement par la reconstruction de l’économie américaine.

Pour donner de la crédibilité à sa stratégie, il a réuni une équipe de conseillers bien familiarisés avec la Chine et les recents évènements montrent qu’il y a de la continuité sur le sujet d’une équipe à l’autre.

L’administration Biden s’efforcera aussi de restaurer le leadership américain dans les institutions multilatérales, ces instruments du soft power américain que Washington a contribué à créer après la dernière guerre mondiale, comme l’ONU, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et l’Organisation mondiale du commerce. Si Washington ne reprend pas vite le relais, ces institutions du système international seront de plus en plus marquées par l’influence chinoise. 

Washington et Pékin seront-ils capables de mettre en place des relations bilatérales dans un cadre convenu de "concurrence stratégique gérée" ? Cela nécessiterait quelques mesures immédiates de désescalade.

Chacune des parties devrait accepter que l'autre tentera toujours de maximiser ses avantages tout en s'abstenant de franchir les lignes rouges. Ils continueraient à se concurrencer dans les différentes régions du monde et à rechercher un accès aux marchés de l’autre et prendraient des mesures de rétorsion en cas de refus d’un tel accès. 

Ils organiseraient probablement un concours mondial pour les cœurs et les esprits (hearts & minds), Washington soulignant l'importance de la démocratie, des économies ouvertes et des droits de l'homme et Pékin soulignant son approche du capitalisme autoritaire et ce qu'elle appelle "le modèle de développement chinois". 

La logique stratégique étant qu’il vaut mieux fonctionner dans un cadre commun de "concurrence gérée" que de ne pas avoir de règles du tout. 

On peut même se risquer à quelques voeux pieux qu’au fil du temps, nous pourrions peut être espérer l’émergence d’une forme de confiance stratégique ou les deux parties découvriraient les avantages d'une collaboration continue. 

Alors que les faiblesses occidentales sont toujours exposées au grand public, les vulnérabilités de la Chine, elles, sont rarement signalées dans les médias. 

Une réelle compétition stratégique gérée révèlerait les forces et mettrait aussi à l'épreuve les faiblesses… et que le meilleur gagne! 

***

Les réalisations de la Chine, la capacité d’adaptation et de résilience de son peuple restent impressionantes. Elles doivent nous aider à réfléchir et nous remettre en question. Un multilatéralisme maîtrisé nous aidera à trouver de nouveaux équilibres tout en évitant les potentialités de crises. Ouverture et souveraineté doivent être les impératifs qui façonnent nos relations avec les autres.

Rappelons-nous de la réponse gaulienne à la montée en puissance américaine. Autant de leçons d’avenir pour envisager l’avènement de la Chine. Peut-être qu’elle nous permettra même de nous libérer quelque peu de notre dépendance à l’égard des États-Unis. 

Quelle part de notre avenir sera influencé par la Chine, "une part seulement, mais une part tout de même" (35) ? La question nous appartient.

Pour cela, il nous faut impérativement améliorer et accélérer l’accès à la connaissance et notre compréhension de cette "Chine compliquée", son système culturel et sa vision du monde tout en évitant de confondre le pouvoir et le people. Cela nous permettrait de mieux l’appréhender, l’aimer peut-être. La persévérance sera nécessaire car dans l’immensité de ce continent, tout est vrai ainsi que son contraire…

Claude Jaeck

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(1) Chengyu (proverbe chinois) "huà lóng diǎn jīng" 画龙点睛, littéralement "faire la tache des yeux du dragon peint", soit "peindre les yeux du dragon". L'expression est utilisée pour dire que c'est la dernière touche qui donne vie à une oeuvre : https://chine.in/guide/ouvrir-les-yeux-dragon_3405.html

(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_36_stratagèmes

(3) À noter que Xi Jinping a lancé son Davos Chinois en 2001, le Forum BOAO servant de plateforme pour forger un consensus asiatique, promouvoir la coopération régionale et renforcer l'influence du continent sur la scène mondiale.

(4) Vidéo et texte du discours de Xi Jinping au Davos 2021 : https://news.cgtn.com/news/2021-01-25/Full-text-Xi-Jinping-s-speech-at-the-virtual-Davos-Agenda-event-Xln4hwjO2Q/index.html

(5) Hu Xijin sur Tweeter le 17 août 2020 cité par Antoine Bondaz dans https://theworldnews.net/fr-news/nationalisme-a-tout-crin-et-propagande-anti-occidentale-massive-mais-que-preparent-les-medias-chinois

(6) https://www.france24.com/fr/20200603-quand-la-chine-lâche-ses-loups-soldats-sur-la-scène-diplomatique et https://global-watch-analysis.com/comment-faire-face-aux-loups-guerriers-de-la-diplomatie-chinois/

(7) https://www.atlantico.fr/article/decryptage/nationalisme-a-tout-crin-et-propagande-anti-occidentale-massive--mais-que-preparent-les-medias-chinois

(8) https://www.atlanticcouncil.org/content-series/atlantic-council-strategy-paper-series/the-longer-telegram

(9) https://www.atlanticcouncil.org/blogs/new-atlanticist/xi-jinping-at-the-virtual-davos-multilateralism-with-chinese-characteristics/

(10) Éric Teo Chu Cheow, "Paying tribute to Beijing : an ancient model for China’s power", dans le International Herald Tribune du 21 janvier 2004.

(11) Benoît Vermander S.J., "Que cette demeure est precaire", Ed. Lessius, 2020.

(12) https://www.ens.psl.eu/actualites/pandemie-et-mondialisation-la-chinoise

(13) Chronique "De la Chine", Françoise Thibaut, juillet 2019.

(14) Chronique "De la Chine", Françoise Thibaut, juillet 2019.

(15) Chronique "De la Chine", Françoise Thibaut, juillet 2019.

(16) Kristofer Schipper, The Way of Chinese Religion : https://www.youtube.com/watch?v=0YwTbMo7NQg

(17) https://podcast.ausha.co/sesame-asie/22-hk-chine-david-baverez-investisseur-essayiste-le-retour-de-la-chine-au-21eme-siecle

(18) https://fr.wikipedia.org/wiki/Made_in_China_2025

(19) https://www.questionchine.net/exploration-de-la-face-cachee-de-la-lune

(20) https://www.questionchine.net/intelligence-artificielle-mythes-et-realites?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+questionchine+%28QuestionChine.net%29

(21) https://www.washingtonpost.com/business/2019/08/18/quantum-revolution-is-coming-chinese-scientists-are-forefront/

(22) https://siecledigital.fr/2021/02/10/etats-unis-chine-guerre-6g/

(23) Biotechnology/Nanotechnology by Andrew Hessel at SingularityU Germany Summit 2017 : https://www.youtube.com/watch?v=XZfUJuSmBAs

(24) https://econsultancy.com/what-you-need-to-know-new-retail-china-offline-online/ et https://en.wikipedia.org/wiki/Internet_of_things

(25) https://www.questionchine.net/beidou-le-gps-chinois-devient-global 

(26) Xiaomi, la montée en puissance d’un acteur géonumérique chinois : https://www.ege.fr/infoguerre/xiaomi-la-montee-en-puissance-dun-acteur-geonumerique-chinois

(27) https://www.ted.com/talks/graham_allison_is_war_between_china_and_the_us_inevitable/transcript

(28) https://www.goodreads.com/book/show/31125556-destined-for-war

(29) https://www.foreignaffairs.com/articles/united-states/2021-02-05/kevin-rudd-usa-chinese-confrontation-short-of-war

(30) Voir "Le commentaire de Zuo" (Zuo Zhuan), ouvrage rapportant des faits anciens avec une visée moralisatrice, mentionné dans "Que cette demeure est donc precaire !" de B. Vermander.

(31) https://www.welt.de/debatte/kommentare/plus222558862/Unerfuellte-Hoffnung-Wandel-durch-Handel-bei-China-war-das-eine-Illusion.html

(32) Discours du Secrétaire d’État Mike Pompeo à la Richard Nixon, Presidential Library du 23 juillet 2020 : https://staygate.blogspot.com/2020/07/pompeos-complete-speech-transscript-at.html

(33) https://www.atlantico.fr/article/decryptage/nationalisme-a-tout-crin-et-propagande-anti-occidentale-massive--mais-que-preparent-les-medias-chinois

(34) https://www.institutmontaigne.org/publications/allemagne-france-pour-une-politique-europeenne-commune-legard-de-la-chine#top

(35) Jean-Pierre Raffarin, "Chine, le grand paradoxe", Ed. Michel Lafon, 2019.

Publié le 29 avril 2021