Non à la culture du renoncement (cancel culture). Oui aux valeurs et à la flamme olympique et paralympique

06/10/2021 - 4 min. de lecture

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Jean-Claude Javillier est Professeur de droit et ancien Directeur du Département des normes de l’Organisation Internationale du Travail.

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Il est grand temps de nous mobiliser, nous qui croyons aux valeurs notamment olympiques (historiquement premières en Occident). Car il est un mouvement radical qu’il convient de prendre très au sérieux, pour le combattre.

La "cancel culture", que nous nous permettons de librement traduire par culture du renoncement pour toutes celles et ceux qu’elle entend culpabiliser, déstabiliser et opprimer, critique de façon radicale les valeurs et les institutions, l’histoire et les cultures, qui fondent nos Libertés et garantissent l'État de droit et la dignité de toute personne humaine. L’impact d’une telle stratégie est d’autant plus grand que nombre de juristes en sont venus à douter du Droit et nombre de citoyennes et citoyens des institutions et, plus généralement, de la démocratie occidentale. Certaines et certains, singulièrement parmi les jeunes, en sont sans doute aussi venus à douter, plus fondamentalement et radicalement, de leur avenir, de leur capacité à survivre sur une planète vouée à la disparition. Étant ajouté, plus généralement que le genre, non plus que l’empreinte carbone et le tri sélectif, ne sauraient jamais prétendre répondre, de façon pertinente non plus que durable, aux grands doutes et défis philosophiques comme spirituels de la condition humaine.

À l’occasion des récents Jeux Olympiques de Tokyo, nous avons pu observer combien des esprits sombres et destructeurs se sont mobilisés pour dénoncer nombre de mauvaises pratiques, sportives tout autant que politiques. À les en croire, les Jeux auraient été complices des pires régimes politiques. Bien évidemment, les Jeux de Berlin de 1936 et le nazisme inspirent les plus radicales critiques politiques. La gouvernance des institutions olympiques, avec la participation de "fascistes" notoires, notamment espagnols, fait l’objet de dénonciation. Mais la généralisation de ces critiques participe d’une démarche totalitaire. Tout est sombre. Tout est pervers. C’est précisément une telle problématique qui ne participe en rien ni du sport en général, ni des Jeux Olympiques en particulier.

Le danger est donc de progresser toujours dans la condamnation et l’excès. Une illustration peut être proposée en matière hippique. Depuis 1912, les Jeux Olympiques donnent aux sports équestres une place d’importance. Qu’il s’agisse du saut d’obstacle, du dressage, du concours complet. Et encore, une épreuve de saut d’obstacle parmi les cinq sports du Pentathlon Moderne. 

Nous avons bien évidemment été frappés par la chute d’un cheval (de l’équipe suisse), dans le concours complet, qui a été euthanasié. Quant au Pentathlon Moderne, le comportement d’une cavalière et son entraîneuse (de l’équipe allemande) ont été très critiqués, sans que les faits aient été clairement établis, du moins pour celles et ceux qui n’étaient pas présents sur les lieux. De même, un journaliste français a-t-il pu déclarer que le saut d’obstacle devrait ne plus être une épreuve dans le cadre du Pentathlon moderne (avec des arguments pour le moins contestables telle que la relation éphémère entre cavalier et cheval, puisque ce dernier est tiré au sort). 

Il n’est point surprenant qu’à partir de tels évènements et commentaires, certaines ONG entendant agir pour la vie animale (singulièrement aux États-Unis) ont demandé au Comité International Olympique d’en exclure les sports olympiques. Qu’il soit permis de relever combien l’excès et l’élimination peut devenir la démarche naturelle de certaines organisations. La démarche n’est nullement celle d’une amélioration, d’une progression dans l’encadrement du sport, de l’amélioration de  sa gouvernance. Une réponse paraît toujours s’imposer : la condamnation systématique et l’élimination radicale .

Il est à souhaiter que les sports équestres ne soient point éliminés. Il est possible et souhaitable d’améliorer la situation du cheval dans tous les sports équestres. Il est d’ailleurs à observer que la Fédération internationale de Pentathlon Moderne a très vite réagi par la proposition de nouvelles règles pour le saut d’obstacle. Il est à noter que la gouvernance des instances internationales en matière sportive mérite d’être encouragée et saluée. Les valeurs du sport commandent sans doute des pratiques meilleures. Elles ne sont pas sans influence plus généralement sur les pratiques juridiques.

L’humour n’est sans doute pas permis par celles et ceux qui font pratique fanatique de la culture du renoncement (pour les autres). Aussi peut-on, juriste non qualifié en matière de droit du sport, faire une proposition radicale de modification des réglementations applicables aux sports équestres : c’est désormais le cavalier qui devra porter son cheval. Et il est à prévoir que ne pourront participer aux épreuves que les Pentathlètes, elles et eux seuls susceptibles de remplir les conditions physiques indispensables pour ces nouvelles épreuves équestres.

La flamme olympique et paralympique s’en vient à Paris. À cette occasion, il faut souhaiter que les Jeux Paralympiques soient de nouveau, ainsi qu’à Tokyo, l’objet de la plus grande attention et du suivi des médias et de toutes et toutes, sportifs et spectateurs (s’il en peut être, dans le contexte d’une possible pandémie), ce qui est l’occasion de se demander pourquoi le drapeau des Jeux Paralympiques est différent de celui des Jeux Olympiques. Une seule flamme. Un seul drapeau ? Et aussi de souhaiter que le protocole permette de faire des Jeux Paralympiques en situation d’égalité complète avec les Jeux Olympiques. 

De façon plus générale, puisse la France saisir l’opportunité des Jeux Olympiques et Paralympiques pour renforcer ses capacités, son intelligence collective et intergénérationnelle, sous l’impulsion de tant de jeunes dont les pratiques sont exemplaires et nourrissent nos valeurs, dans les épreuves sportives tout comme dans la vie quotidienne de nos sociétés. Que la flamme des civilisations brille ! Que la culture du renoncement s’éteigne !

Et puisque de "cancel culture" il a été question, ayons l’audace de ne pas renoncer à citer Pierre de Coubertin, qui n'est pas exempt de graves critiques politiques, et dont je ne doute point que ses écrits puissent désormais donner lieu à autodafé : "en restaurant les Olymlpiades, je n’ai pas regardé près de moi, mais très loin. J'ai voulu rendre au monde moderne, de façon durable, une institution antique dont le principe lui redevenait salutaire". 

Jean-Claude Javillier

06/10/2021

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