Soumission, conformisme et réseaux sociaux : Ce que le film « Gourou » nous révèle de nos failles

02/02/2026 - 3 min. de lecture

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Caroline Diard est Professeur associé, TBS Education.

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Dans le film Gourou (2025) de Yann Gozlan, un coach, star des réseaux sociaux, incarné par Pierre Niney, galvanise des foules en quête d’attention, d’affection ou d’amour. 

Ce thriller original plonge le spectateur dans l’univers ambivalent d’un individu qui s’est improvisé coach, par opportunisme. Enfermé dans ses mensonges, dans son rôle de leader reconnu, l’imposteur est prêt à tout. Il ment, manipule et fait de l’arnaque un business rentable. Adulé par ses collaborateurs comme par ses fans (qui sont ses clients), il prend une revanche sur des frustrations anciennes.

Le film interroge sur la capacité de manipulation du personnage principale, et l’appétence des individus à être manipulés jusqu’à l’aliénation.

Au-delà d’un simple divertissement, le récit questionne : comment des individus parfaitement rationnels en viennent-ils à perdre leur libre arbitre, à obéir à un parfait inconnu ? 

La psychologie sociale offre quelques clés de compréhension de ces dynamiques individuelles et collectives, notamment à travers les expériences emblématiques de Stanley Milgram (soumission à l’autorité) et Solomon Asch (conformisme). 

La manipulation par les réseaux sociaux

Dans Gourou, le personnage incarné par Pierre Niney utilise un mélange de charisme, de promesses de sens, de reconnaissance et de pression sociale pour prendre l’ascendant sur les foules. Ces techniques ne sont pas sans rappeler les stratégies observées dans les dérives sectaires ou les régimes autoritaires. Le film illustre parfaitement certaines expériences en psychologie sociale (Si Milgram met en lumière la soumission à une autorité, Asch révèle un autre mécanisme : le conformisme face au groupe.). Comme dans le film, l’autorité ne repose pas toujours sur la contrainte physique, mais sur une légitimité perçue – ici, celle d’un guide spirituel, d’un influenceur ou d’un mentor. 

L’influence du groupe : quand la majorité impose sa perception du monde  

L’influence sociale et la pression sociale peuvent avoir des conséquences sur le comportement, surtout si l’orientation comportementale conduit à une récompense, ou à une sanction délivrée par un groupe de référents ou un agent social. Les normes sociales perçues par l’individu comprennent les croyances normatives et les croyances de rôles. Les croyances normatives font référence à la perception d’un individu du degré d’approbation des personnes qui comptent pour lui quant à son adoption d’un comportement type. 

D’autres facteurs influencent le comportement du collaborateur comme la capacité à se soumettre. En 1963 Milgram effectue une expérience qui met en évidence l’état agentique d’un individu, c’est à dire sa capacité à obéir. Celle-ci est en partie liée à l’éducation. Certains individus peuvent se soumettre à un système, même en l’absence de sanction et de pression hiérarchique. L’individu oublie ses propres principes et endosse le rôle d’agent d’exécution. L’engagement de l’individu est au cœur du processus d’obéissance. L’individu est confronté à des enjeux, des règles et des exigences situationnelles. Cette expérience a été reproduite à la télévision dans un documentaire intitulé « le jeu de la mort » (France Télévision, 2009). Le taux d’obéissance y est de 81% (63% dans l’expérience originale).

Les expériences d’Asch (1951) visent à étudier les conditions sociales  et personnelles qui induisent les individus à résister où à se conformer aux pressions de groupe quand ce groupe à un avis contraire à l'évidence perceptive. Gourou exploite cette dynamique : les disciples, isolés puis immergés dans un collectif, finissent par douter de leur propre perception. Le film souligne l’importance des techniques d’isolement et de répétition (mantras, slogans) pour briser les résistances individuelles.

Ces mécanismes résonnent avec l’influence des réseaux sociaux, où l’algorithme renforce l’illusion d’un consensus, ou avec les mouvements complotistes, où la pression du groupe annihile l’esprit critique.

Tous concernés ?

La soumission à une autorité perçue comme légitime nous concerne tous. Gourou le rappelle en montrant des personnages ordinaires basculer dans l’extrême. Le cinéma, en humanisant ces processus, les rend plus intelligibles. 

Comment résister ? Le film souligne le rôle des opposants ou « dissidents », véritables lanceurs d’alerte (même minoritaires) pour briser l’emprise et l’influence. 

Gourou n’est pas qu’un thriller, c’est le reflet de notre époque, où l’influenceur devient le maître, et où les fake news exploitent les mêmes biais cognitifs. Pour contrer ces dérives, plusieurs pistes peuvent être évoquées comme l’éducation aux médias (décrypter les techniques de manipulation) ; le renforcement de l’esprit critique dès l’école et la promotion des « lanceurs d’alerte », ces figures qui, comme dans le film, osent dire non.

Gourou nous rappelle que soumettre un groupe est à la portée de quiconque maîtrise les leviers de l’influence. Ce film permet d’appréhender certains excès et dérives de notre temps. 

Caroline Diard

02/02/2026

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