Géopolitique des violences faites aux femmes : corps dominés, émotions gouvernées

27/01/2026 - 2 min. de lecture

Géopolitique des violences faites aux femmes : corps dominés, émotions gouvernées - Cercle K2

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Imen Chaanbi est experte en géopolitique et veille stratégique, co-autrice de la revue MIM « la santé mentale des femmes dans l’humanitaire », Vol.15.juin 2025. Isabelle Dréan-Rivette est ancienne avocate en France et au Canada et Magistrate, co-autrice du Référentiel commun Belgique-France-Québec «Et si c’était du contrôle coercitif ?» Éditions Anthémis 2025.

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Les violences faites aux femmes ne relèvent ni du fait divers ni de l’exception. Elles constituent un phénomène mondial, ancien et systémique, structuré par des rapports de force persistants. Elles s’inscrivent dans une géopolitique du corps féminin, où la domination s’exerce à l’échelle intime, sociale, institutionnelle et internationale.

Cette géopolitique ne peut être pleinement comprise sans y associer une géopolitique des émotions, car la peur, l’humiliation et l’espoir structurent les rapports de domination et normalisent les violences.

Selon les Nations unies, la violence comprend les atteintes physiques, sexuelles, psychologiques et mentales, mais aussi la peur intériorisée, l’humiliation, le contrôle social, la dépossession économique et le silence imposé. Qu’elles soient physiques, sexuelles ou psychologiques, ces violences ne sont pas des faits isolés, mais les rouages complémentaires d’un patriarcat mondialisé.

Dominique Moïsi propose une lecture fondée sur la peur, l’humiliation et l’espoir, forces structurantes de l’ordre mondial. La culture de la peur omniprésente en Occident tend à normaliser les violences conjugales, dont l'invisibilité est renforcée par les angoisses collectives liées à la perte de contrôle et au déclin social. Les politiques sécuritaires et judiciaires sont limitées par cette peur, qui contribue à la reproduction des rapports de domination.

Dans les zones de conflit comme l’Afghanistan, le Yémen et le Sahel (Mali, Burkina Faso), l’humiliation collective et la dépossession politique se traduisent par des violences ciblées contre les femmes. En Afghanistan, viols et mariages forcés sont utilisés par les groupes armés pour contrôler les populations. Au Yémen, la guerre civile et le blocus humanitaire accroissent les violences économiques et conjugales. Au Mali et au Burkina Faso, la militarisation et la prolifération des armes accentuent l’exploitation des femmes comme moyen de contrôle social.

Dans des régions où prévaut une culture de l’espoir, comme l’Inde, le Bangladesh et le Nigéria, la croissance et la projection vers l’avenir masquent souvent les violences. Mariages précoces, pressions sociales extrêmes et violences domestiques persistent, mais restent invisibilisées derrière le récit du progrès. Au Nigéria, les attaques de Boko Haram ciblent particulièrement les femmes et filles, tandis que le développement économique régional tend à occulter ces crimes.

Les travaux d’Eva Illouz montrent que les émotions sont socialement produites et politiquement mobilisées. Elles expliquent pourquoi les violences sont souvent traitées par indignations successives, sans réponse systémique. La peur, l’humiliation et l’espoir deviennent alors des instruments de gouvernance des corps féminins à l’échelle globale.

Penser la géopolitique des violences faites aux femmes, c’est reconnaître que la sécurité, la

stabilité et la paix sont indissociables de la sécurité des femmes.

Relier la géopolitique des corps à celle des émotions permet de dépasser la lecture fragmentée et d’interroger l’ordre mondial : quel monde acceptons-nous lorsque les violences contre les femmes demeurent un langage constant de domination et de pouvoir ?

Imen Chaanbi et Isabelle Dréan-Rivette

 

27/01/2026

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